Concilier investisseur et épargnant autour de la gestion du risque et de l’ISR ?

//Concilier investisseur et épargnant autour de la gestion du risque et de l’ISR ?

Par François Faure – Fondateur de ReseauCEP

 

L’adéquation de l’offre ISR à la demande des épargnants

La stagnation de l’ISR dans l’épargne des français, à contrario de la place qu’elle occupe dans la gestion institutionnelle, interroge. Au-delà du constat évident du peu d’engagement des réseaux de distribution dans une offre vraiment ISR, une question se pose : la formulation de l’offre est-elle en adéquation avec les sentiments des épargnants ? Posée ainsi, la question peut paraitre curieuse s’agissant d’épargne.

Pourtant, il ne va pas de soi pour beaucoup de nos concitoyens de prêter un intérêt à la vie économique. Il n’est pas rare que les questions économiques et financières soient un repoussoir, même chez des personnes diplômées et cultivées. Il y aurait comme un hiatus entre l’étrangeté du monde de l’économie pour beaucoup et la sophistication des approches développées par les investisseurs. A cet égard, nous pouvons pointer deux disjonctions au cœur des propositions ISR de gestion de portefeuille dans le cadre d’une convention de gestion libre.

Limites de la gestion de portefeuille dans le cadre d’une convention de gestion libre 

La première disjonction concerne la gestion thématique. Lorsqu’une société de gestion propose un OPCVM autour d’un thème d’investissement ISR (la transition énergétique, la tech….) et si le thème est bien calibré, il sera bien compris par l’épargnant qui pourra le relier à des préoccupations portées dans l’actualité de moyen terme. De surcroît, il est probable que sa diversification intrinsèque et son adéquation avec les évolutions démographiques, la transformation énergétique, l’innovation technologique ou la globalisation économique apporteront des performances significatives pour l’épargnant. Mais il n’est pas évident qu’une approche ISR, même si cela reste possible, puisse être proposée dans le cadre d’une gestion thématique en raison de l’obligation d’appliquer les critères du label sur l’ensemble de l’univers de gestion sélectionné. D’autre part, comment l’épargnant dans son contrat d’assurance vie pourra-t-il doser la part de de chacun des fonds thématiques et maitriser le risque de volatilité ? Il sera lui- même bien en difficulté de le faire et laissera le choix au conseiller qui lui aussi n’aura guère de boussole si ce n’est une boussole marketing…

La seconde disjonction concerne la gestion sectorielle. Ce type de gestion implique un pari pour l’épargnant en raison de son absence de diversification, donc d’un risque accru. Certes l’approche ISR est plus aisée à mettre en œuvre dans une gestion sectorielle. Mais de quels outils dispose l’épargnant pour combiner différents fonds sectoriels dans son allocation d’actifs selon la mesure du risque ? La réponse opérationnelle est : aucun. Il reste livré aux assauts du marketing qui oriente le conseiller. Il faut noter que les préoccupations de l’épargnant face à une offre sectorielle peuvent être confuses. Le désir de participer au développement d’un secteur qui servirait l’intérêt général et donc relèverait d’une logique d’impact peut aussi télescoper la recherche d’un profit supérieur aux indices généraux du marché.

Gestion du risque quantifiée versus vision globale du monde

La gestion du risque dans une approche thématique est monitorée sur les items sectoriels, géographiques, capitalisation, société de gestion. Le gérant cherche à savoir à tout moment ou est son risque en explorant en profondeur la composition de son investissement. Dans une approche sectorielle, le risque n’est évidemment évalué que sur le secteur considéré. Il est par nature plus concentré.

Nous constatons néanmoins que si la gestion d’actifs s’opère dans la matrice de gestion du risque, il subsiste un hiatus aigu entre l’approche investisseur, très analytique et très quantifiée, qui vise à délivrer un rendement régulier, et l’approche épargnant.

L’approche épargnant, repose sur un point de vue global mêlant sa vision du monde faite de considérations économiques, sociales et environnementales générales, non quantifiées qu’il mobilise pour répondre à des objectifs personnels concrets (retraite, complément de revenus, financement d’études…). De surcroît, la question du risque de volatilité et celui de moins- value est appréhendée de façon confuse. Une baisse temporaire des marchés est assimilée à une perte.

Le fossé entre investisseurs et épargnants n’est pas franchi si l’investisseur propose uniquement une gestion fondée sur une analyse quantifiée face aux sentiments d’épargnants portés par une vision de monde globale. Les risques de non prise en compte des sentiments des épargnants sont les suivants :

  • Mauvaise adéquation de l’offre à la demande car les préférences des épargnants ne sont pas évaluées.

  • Mauvaise diffusion de l’ESG / ISR auprès du grand public.

  • Mauvaise image de la finance auprès du grand public, des médias et des politiques.

Il est donc nécessaire que la vision du monde des épargnants trouve un reflet dans l’offre investisseurs pour produire les effets suivants :

  • Répondre aux préférences des épargnants en hiérarchisant les choix qu’ils énoncent en matière de développement durable pour qu’ils puissent faire le lien entre épargne, finance et vision du monde.

  • Rapprocher l’ESG/ISR du grand public

  • Montrer que la finance peut être un acteur au service de la société.

Résoudre le hiatus entre investisseurs et épargnants implique quelques nécessités de clarification.

  • La première est la place de l’ISR. Il est acquis que l’élasticité des approches ESG doit être substituée autant que possible par des approches ISR plus exigeantes et plus objectives que les modèles maison.

  • La seconde est de se rapprocher des épargnants en prenant en compte leurs préférences collectives autour des questions d’environnement, de social et de croissance raisonnée.

  • La troisième est d’impliquer les épargnants pour créer du lien par un vote « Un homme, une voix » leur permettant de hiérarchiser aisément leurs préférences en répondant à la question suivante : « Sur un total de 100, quelle part attribuez-vous dans votre épargne à chacun des items suivants : Environnement, Social, Croissance raisonnée ? »

Gestion du risque pilotée et choix d’allocation d’actifs.

Quelle voie de sortie est alors envisageable pour résoudre ce hiatus entre approche investisseur et approche épargnant ? La gestion pilotée est l’outil qui permet la gestion du risque global du portefeuille. Comment dans ce cadre inclure les préférences des épargnants ?

  • Le cadre de la gestion pilotée est la gestion du risque. Les catégories prudent, équilibré, dynamique ou offensif sont évidemment parlantes à tout le monde.

  • Le sous-cadre est celui de la transposition par l’investisseur de la vision du monde de l’épargnant. Pour cela, il faut que l’investisseur puisse quantifier les préférences des épargnants en évaluant la part qu’ils attribuent, à l’environnement, au social et à la croissance raisonnée.

  • La résolution du hiatus entre l’investisseur et l’épargnant se fait par la participation des épargnants qui pourront exprimer leurs préférences lors d’un vote annuel « Un homme, une voix » en réponse à la question : « Sur un total de 100, quelle part attribuez-vous dans votre épargne à chacun des items suivants : Environnement, Social, Croissance raisonnée ? » Le résultat est pris en compte par l’investisseur à l’intérieur de sa gestion du risque.

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