L’empreinte au secours de la cécité environnementale

//L’empreinte au secours de la cécité environnementale
EMPREINTE ECOLOGIQUE RESEAU CEP

Par René Moretti – Président de ReseauCEP.

Une conscience qui émerge

Oxfam France a publié en octobre 2020 un rapport qui lève le voile sur les émissions de gaz à effet de serre issues des activités de financement et d’investissement des six principales banques françaises. Selon l’ONG, ces émissions représentent près de 8 fois les émissions de la France entière.

Novethic rapporte que Schneider Electric a annoncé le lancement du « Zero Carbon Project ». Ce plan entend aider les 1 000 premiers fournisseurs de l’entreprise à réduire leurs émissions de CO2 de 50 % d’ici à 2025.

Selon le Water Footprint Network, la production d’un kilogramme de viande de bœuf consomme 15 000 litres d’eau, celle d’un jean en coton 10 000 litres et celle d’une tasse de café 130 litres.

Les trois éléments qui précèdent ont un dénominateur commun : La notion d’empreinte, qui prend en compte les impacts sur tout le spectre de la vie d’un produit, d’un service, d’un individu, d’une entreprise ou d’une collectivité. L’empreinte la plus connue, que beaucoup citent sans savoir précisément ce qu’elle représente, est l’empreinte carbone, mais l’empreinte sur l’eau est tout aussi importante (la raréfaction de l’eau potable constitue probablement, avec le changement climatique, l’une des deux menaces environnementales majeures de ce siècle) ainsi que l’empreinte écologique qui représente la consommation humaine, exprimée en hectares globaux (hag), de cultures, de pâturages, de produits forestiers, de zones de pêche, d’espaces bâtis et de forêt (pour la capture des émissions de CO2).

Pourquoi la notion d’empreinte est-elle si importante ?

Toute analyse d’impact est biaisée si on néglige de prendre en compte la notion d’empreinte. Tout un chacun a eu l’occasion de débattre sur la polémique autour de la voiture électrique, très vertueuse quand elle roule sans émettre de CO2 mais dont le bilan est moins reluisant si l’on prend en compte les émissions liées à la fabrication de ses composants, à la production d’électricité nécessaire à la recharge de la batterie, et à la fin de vie du véhicule.

Je me souviens d’une étude réalisée par le WWF concernant l’empreinte sur l’eau d’un litre de bière produit par SAB Miller en Afrique du Sud. Le résultat était de 155 litres d’eau par litre de bière, dont seulement 2,2 litres concernaient l’étape de brassage proprement dite et 152,3 litres les céréales utilisées pour la fabrication.

C’est ainsi que de nombreux individus qui pensent vivre vertueusement au plan écologique peuvent avoir un impact considérable du fait de la façon dont leur épargne est orientée. Il est acquis en effet qu’environ 40% des émissions de CO2 d’un particulier français sont liées à son épargne.

Quelles applications pratiques dans la responsabilité environnementale des entreprises ?

Les règles de la RSE demandent entre autres aux entreprises de mesurer et de réduire les différents impacts environnementaux liés à leur activité. Mais, lorsque des actions sont mises en place, elles concernent la plupart du temps les impacts directs, liés à la stricte activité, sans inclure l’amont et l’aval. Or il est extrêmement important de prendre en compte la totalité de la vie d’un produit ou d’un service, du berceau à la tombe, ou mieux du berceau au berceau, car toute fin de vie devrait conduire à une renaissance par le recyclage.

Dans un monde idéal il faudrait utiliser l’outil appelé Analyse du Cycle de Vie (ACV) pour suivre l’impact environnemental d’un produit à toutes les étapes de sa vie, de la matière première gracieusement fournie par dame nature jusqu’au démarrage d’une nouvelle vie par le recyclage, en termes de consommation de ressources, d’émissions dans l’air, de rejets d’effluents liquides et de production de déchets solides. Chaque fournisseur de produit intermédiaire délivrerait ainsi à son client une sorte de carte d’impacts qui serait intégrée à l’étape de fabrication suivante et ainsi de suite, la responsabilité de la fin de vie du produit fini incombant à l’entreprise qui le met sur le marché, l’ACV finale constituant l’empreinte objective du produit

En réalité l’ACV est un outil très complexe et de ce fait difficile et coûteux à mettre en œuvre. C’est la raison pour laquelle elle est très peu utilisée dans sa forme intégrale, notamment par les petites entreprises. Cependant, à défaut d’en faire une utilisation stricto sensu, il est fondamental d’en respecter le principe, en prenant en compte les impacts les plus importants liés à l’activité, en intégrant l’amont et l’aval. Il est notamment déterminant de choisir ses fournisseurs en fonction de leur propre empreinte et de sourcer localement ses approvisionnements, de même qu’il est indispensable de fournir aux utilisateurs la solution de fin de vie d’un produit.

Vers une vision plus objective des impacts ?

Dans un article publié début avril 2021, Novethic rapporte que le cabinet Axylia vient de dévoiler son Indice Vérité40 : Son CAC40 classe les entreprises en fonction de leur capacité à payer ce qu’il appelle la facture carbone, soit la traduction de leurs émissions de CO2 valorisées à 108 euros par tonne selon préconisation du GIEC1. Or, aujourd’hui, moins de la moitié des grandes entreprises françaises du CAC40 est en capacité de la payer, ce qui signifie que ces entreprises créent une valeur artificielle au détriment du bien commun, tout simplement parce que la notion d’empreinte a été soigneusement ignorée.

Il est clair qu’une règlementation plus pertinente et plus globale serait de nature à changer la donne, mais les entreprises ont d’ores et déjà un rôle à jouer en procédant à une évaluation plus objective de leurs impacts, les gérants de portefeuille en proposant des placements plus vertueux et les particuliers en s’intéressant de plus près à l’usage qui est fait de leur épargne.

1 Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, créé en 1988

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