Le marché au secours du climat


J’ai demandé un jour à une collègue anglaise de m’expliquer la différence entre « efficiency » et « effectiveness ». Elle m’a répondu que ce dernier mot signifiait une efficacité potentielle qui ne se traduisait pas forcément par une efficacité réelle. Elle a pris l’exemple d’un marteau, outil potentiellement efficace à condition de savoir s’en servir.

Je me suis rendu compte un peu plus tard que ce n’était pas exact, et que l’efficience est relative à une mobilisation minimale de moyens pour atteindre un résultat efficace, et c’est bien dommage car on aurait besoin aujourd’hui de ces deux concepts pour illustrer la dérive du monde. Bienvenue dans l’anthropocène !

Il y a en effet des tas d’exemples de produits ou de services potentiellement efficaces mais dont on n’a pas tiré le meilleur, ou pire qu’on a dévoyés pour atteindre des résultats négatifs. 

L’atome en est un exemple flagrant, avec ses applications médicales et énergétiques positives, mais dont le pouvoir destructeur est aujourd’hui à la disposition de bouffons internationaux qui nous rapprochent dangereusement d’une déflagration nucléaire, considérée par nombre d’experts comme une des menaces les plus immédiates, avec le changement climatique (Il est 23h58 sur l’horloge de l’apocalypse).

Et c’est justement au changement climatique que je pense : Le marché et la course effrénée vers la croissance ont précipité le monde vers des modes de production et de consommation irresponsables, pour ne pas parler de la démographie, sujet politiquement incorrect.

La succession stérile des COPs annuelles nous rapproche de plus en plus du point de non-retour, et la solution du problème nécessite, du fait du retard accumulé, l’utilisation d’un outil extrêmement puissant. La bonne nouvelle c’est que cet outil existe : c’est le marché, ce même marché qui nous a fait insidieusement nous approcher du précipice. 

Point n’est besoin de parler de décroissance, concept naïf et sans réel impact sur la situation actuelle.

Non, ce même marché, qui a fait dériver le monde et mis le climat en colère, a la puissance nécessaire et suffisante pour apporter la solution, mais il faut pour cela changer de paradigme (je n’ai pas pu résister à utiliser ce mot à la mode qui rend les écrits intelligents) en rendant le marché vertueux, et la croissance aussi par la même occasion.

C’est à la fois très simple et très complexe. Simple car il suffirait que les prix de vente des produits et services reflètent leur impact environnemental et sociétal (les produits « verts » deviendraient alors moins chers que les produits « marrons », ce qui n’est pas le cas aujourd’hui), et complexe parce que cette mise en place nécessite un accord global, ce à quoi les hommes ne sont jamais parvenus, sauf peut-être pour ce qui concerne le protocole de Montréal, qui n’a cependant reçu la signature des 196 pays que 20 ans après son entrée en vigueur le 1erJanvier 1989.

Alors essayons de donner raison à ma collègue anglaise en faisant d’un marché « efficient » un marché « efficace » ! En adhérant à ReseauCEP on fait un pas dans la bonne direction.

René Moretti