Végans : prophètes de l’empreinte écologique ?

Il est une ressource dont on parle peu mais qui est pourtant le dénominateur commun de toutes les autres : la surface des terres émergées, dont la distribution a été plus liée à des pratiques locales et des intérêts privés qu’à une prise de conscience de son importance critique.

L’empreinte écologique, qui traduit en surface de terres la consommation humaine de viande et ses produits dérivés, de produits végétaux et forestiers, l’emprise des constructions et la quantité de forêts nécessaire à l’absorption du carbone émis par les activités humaines, est en inexorable augmentation et indique que l’humanité consommera bientôt deux fois ce que la planète est capable de fournir gracieusement de façon renouvelable.

Selon une étude publiée en juin dernier dans la revue Science et citée par le Courrier International, 83% des terres agricoles du globe sont consacrées à l’élevage, alors même que les produits issus des animaux ne fournissent que 18% des apports en protéines et 37% des apports en calories. Sans viande ni produits laitiers la surface des terres agricoles pourrait être réduite de trois quarts, soit les surfaces des Etats-Unis, de la Chine, de l’Europe et de l’Australie réunies, et tout de même nourrir l’humanité. Et ce constat est encore plus inquiétant quand on sait qu’une grande partie de ces terres ont été gagnées sur des espaces sauvages qui abritaient faune et flore d’une grande richesse et constituaient d’énormes puits naturels de carbone.

Dans un monde idéal chaque pays devrait aligner son empreinte écologique sur sa biocapacité, afin de permettre à cette dernière de subvenir durablement aux besoins de sa population. Or même les pays ayant une énorme biocapacité, comme les Etats-Unis, ont une consommation et des émissions de carbone telles qu’ils excèdent largement cette biocapacité.

Alors faut-il, comme le font certains végans extrémistes, attaquer les boucheries, faut-il couler les bateaux des pêcheurs qui excèdent leurs quotas de pêche, faut-il condamner les transformateurs d’huile de palme dont la culture va de pair avec la déforestation, faut-il démolir les bureaux de tabac, faut-il tuer les compagnies aériennes à l’empreinte carbone hypertrophiée ?

Pas si simple ! On ne peut pas condamner à mort du jour au lendemain des activités qui ont été encouragées à nourrir nos corps, nos addictions et nos âmes. Faute d’avoir anticipé et d’avoir mis depuis longtemps le monde sur les bons rails (Thomas Malthus, mort en 1834, a désespérément prêché dans le désert), nous devons accompagner la nécessaire réduction ou disparition de pratiques et d’activités qui précipitent l’humanité vers le chaos.

Nous sommes à la croisée des chemins, à l’aiguillage menant vers les défis écologiques majeurs, et la situation est préoccupante du fait du manque d’anticipation et du silence assourdissant ou du mépris formel opposé aux visionnaires qui n’ont pas manqué, notamment ces cinquante dernières années, de tirer la sonnette d’alarme.

Un développement précoce, par exemple, de la production d’énergie solaire nous aurait permis, grâce à la courbe d’expérience, d’être aujourd’hui à l’abri des objections, non dénuées de fondement, concernant l’empreinte environnementale des panneaux solaires

Il est clair que nous n’allons pas tout régler en quelques mois, voire quelques années, mais il est certain que la mesure la plus immédiatement accessible et la plus efficace consiste en un changement de comportement de consommation. Pour ne prendre que deux exemples, il est facile, dans les pays développés, de réduire du jour au lendemain notre consommation de viande de 50% et notre consommation d’énergie de 20% sans effort particulier. Mais plus nous attendons et plus la tâche sera difficile.

Alors Végans, faites-vous entendre bruyamment mais ayez la sagesse de vous attaquer aux mauvaises pratiques, pas aux personnes à qui la collectivité se doit d’offrir une transition indolore.

René Moretti – Janvier 2019