Le capitalisme est mort, vive le capitalisme

« Le capitalisme c’est l’exploitation de l’homme par l’homme, le communisme c’est le contraire ». Derrière cette boutade du regretté Coluche se cache l’ineptie de la dérive des systèmes ainsi que la légitimation des intégrismes financiers, politiques et religieux.

Le capitalisme, perçu comme une machine à enrichir les puissants au détriment de ceux qui n’ont que leurs bras à offrir à la machine économique, n’est devenu une caricature que parce qu’il s’est éloigné de sa vocation fondamentale et qu’il a sciemment ignoré, souvent exploité, les capitaux humain et naturel au profit du seul capital financier.

A l’origine, le capitalisme était un « deal » entre ceux qui avaient de l’argent et ceux qui pouvaient fournir du travail. Mais un deal sur le long terme, où chaque partie prenait un risque, de perdre son argent ou de perdre son moyen de subsistance. Qu’est devenue cette entreprise quand ce sont des ordinateurs qui décident de détenir des actions pendant quelques secondes, ou que l’action d’une entreprise bondit à l’annonce du licenciement de plusieurs centaines de personnes ?

Le rejet du capitalisme, ainsi que celui de la croissance, n’ont aucun sens : ce rejet supposerait de les remplacer par des outils de moindre efficacité qui, de plus, auraient à digérer les travers et dérives inhérents à toute phase d’apprentissage, retardant d’autant l’avènement d’un nouveau modèle de société seul capable d’éviter le naufrage d’une grande partie de l’humanité. Ce ne sont pas les outils qui sont en cause, mais la façon de les utiliser !

Une fois de plus il nous faut recourir aux deux mécanismes universels existant depuis l’aube de l’humanité : la carotte et le bâton. Mais y recourir de manière intelligente, pour favoriser l’avènement d’un capitalisme éclairé fondé sur des règles humanistes, encadré par des règlementations pertinentes et globales, et bordé par un système de taxes et de subventions débarrassées de leur perversion endémique. Comment en effet ne pas être horrifié par le fait que l’industrie des combustibles fossiles continue d’être massivement subventionnée alors que la nécessaire transition énergétique est au régime sec ?

Capitalisme v2

Le capitalisme v2 constituerait un retour aux sources, à un contrat moral entre ceux qui prennent le risque financier et ceux qui prennent le risque social, unis dans un contrat moral, un contrat d’entreprise de long terme. Fini les propriétaires d’entreprises qui ont les yeux rivés sur le cours de bourse et ne savent rien du cœur de l’entreprise, de sa production ou de son impact sur les parties prenantes, ceux qui se délestent de leur propriété à la première alerte ou qui exigent des dégraissages pour engraisser leurs revenus ! Bien sûr une entreprise doit créer de la valeur pour pouvoir investir et se développer, mais elle doit veiller à ce que cette valeur profite aux salariés et aussi à la réduction de l’impact sociétal et environnemental de l’activité. Cette approche n’exclut bien évidemment pas des réajustements d’effectifs lorsque les circonstances l’imposent, mais ces réajustements ne doivent intervenir qu’après avoir essayé des mesures non invasives, élaborées dans le cadre du contrat initial entre le propriétaire et les diverses composantes de l’entreprise. Une fois ces règles établies et encadrées par une législation adéquate, il faut redéfinir la croissance, qui est un moteur extrêmement puissant, afin de la rendre vertueuse. C’est le capitalisme v3.

 Capitalisme v3

Le terme capitalisme fait référence au seul capital financier, oubliant que le monde repose également sur les capitaux humain et naturel. Le capital financier étant de plus en plus aléatoire (chacun sait notamment que de nombreuses dettes souveraines ne seront jamais honorées) et le capital naturel étant sérieusement ébranlé par la folie des hommes, il est clair que le capital humain est celui sur lequel devraient porter les efforts en priorité, et c’est précisément celui qui est le plus négligé. Ne pas faire du capital humain la priorité est une double faute : faute morale, car il est inadmissible que l’effectif ne soit qu’une variable d’ajustement de la valeur de l’action, et faute de gouvernance, car il est illusoire d’imaginer qu’un salarié va donner le meilleur de lui-même jour après jour s’il n’a aucune idée du projet d’entreprise (la vision) et de sa contribution attendue à ce projet, et s’il ne reçoit aucune considération.

Dans ce que j’appelle capitalisme v3, il s’agit également de restaurer le capital naturel sur lequel repose tout le système économique. On oublie trop souvent en effet que la planète est le seul fournisseur de toute matière, énergie et eau. Les hommes ne fournissent que de la matière grise (souvent à mauvais escient) et du travail. Le constat alarmant du dernier rapport du GIEC et le bilan catastrophique du WWF dans son dernier rapport Planète Vivanteauraient dû agir comme un coup de semonce, une alarme modérant la folie des hommes et le nombrilisme des états. Mais au lieu de rendre grâce à ce fournisseur exceptionnel qui alimente gracieusement tout processus de fabrication et de consommation, les hommes n’ont de cesse de l’épuiser et de rayer de la carte nombre d’espèces dont dépend la survie de l’humanité. Le marché, qui a semé le désordre (la « main invisible » d’Adam Smith !), est le parfait outil pour remettre l’humanité sur les rails, mais il faudrait pour cela que les produits et services « verts » soient moins coûteux que les « marrons », et donc préférés à ces derniers par une grande partie de l’humanité.

Il serait bien sûr illusoire de penser qu’un ou que quelques états peuvent changer la donne en appliquant ces éléments somme toute assez simples. Il faudrait que le monde se dote de règles pertinenteset globales, alors qu’on assiste au contraire de la part des états à un repli sur soi, à une préférence pour les accords bilatéraux, alors que la maison brûle. Combien de catastrophes humanitaires et de phénomènes dévastateurs faudra -t-il pour qu’un peu de sagesse naisse chez cette humanité qui apparait de plus en plus comme une anomalie dont la planète saura se débarrasser si elle ne lui montre pas un peu plus de considération ?

L’humanité n’a jamais été capable de fixer une position commune du balancier entre libéralisme et règlementation, et les conflits du XXe siècle entre les extrémismes des deux bords ont été bien stériles et n’ont pas permis d’utiliser le pouvoir considérable du marché pour mettre le monde sur les bons rails. Au moment où l’intelligence artificielle va prendre le relais, les hommes seraient bien inspirés de l’éduquer correctement.

René Moretti – ReseauCEP – Novembre 2018

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