Changement climatique : mission impossible ?

Le monde est décidément marxiste, tendance Groucho, qui disait : « Je ne vois pas pourquoi je me soucierais des générations futures, elles n’ont rien fait pour moi ». Cette boutade du facétieux Groucho Marx semble être en effet la ligne de conduite de trop d’individus sur une planète qui a déjà commencé à réagir aux outrages que le genre humain lui fait subir, ce qui le distingue de toutes les autres espèces avec lesquelles il cohabite.

Les Conférences des Parties (COP pour « Conference Of Parties) se suivent, alternant le chaud et le froid, et pendant ce temps la concentration en Gaz à Effet de Serre (GES) augmente dangereusement dans l’atmosphère.

Les engagements pris lors des différentes conférences sont insuffisants, et on se donne rendez-vous l’année suivante pour de nouvelles résolutions tout aussi inefficaces…une procrastination qui nous conduit tout droit vers des lendemains difficiles où, pour ne pas avoir su anticiper, il va falloir s’adapter. Et ce sont les moins responsables des impacts qui vont en subir les pires effets !

Comment imaginer que nous pourrons accueillir des millions de réfugiés climatiques quand nous ne sommes pas capables d’accueillir quelques dizaines de milliers de réfugiés politiques ?

D’où vient notre impuissance à lutter contre l’une des pires menaces à laquelle nous risquons d‘être confrontés demain ?

La lutte contre le réchauffement climatique en quelques dates clés.

Selon le Protocole de Kyoto, signé le 11 décembre 1997 lors de la COP3, de nombreux pays s’étaient engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique d’au moins 5% entre 1990 et 2012. Ces pays ont atteint l’objectif, bien aidés il est vrai par la crise de 2008, mais cela n’a pas empêché les émissions globales d’augmenter de plus de 50% sur la même période[1].

La COP18 de Doha (Qatar), en 2012, avait pour ambition de prolonger le Protocole de Kyoto pour la période 2013-2020, mais seulement l’Union européenne, la Croatie et l’Islande, et huit autres pays industrialisés dont l’Australie, la Norvège et la Suisse, totalisant seulement 15 % des émissions globales de GES dans le monde, ont pris des engagements.

La COP21 de décembre 2015 à Paris a été pour beaucoup un « moment historique » grâce à la signature d’un accord qui entérine que la communauté internationale fera tout son possible pour contenir le réchauffement climatique bien en-dessous de +2°C, voire +1,5°C, entre l’ère préindustrielle et 2100. Cet accord doit prendre la suite de celui de Doha en 2020. Mais si on additionne l’ensemble des contributions nationales, il apparaît que le réchauffement climatique devrait être de +3,5°C en 2100, ce qui reste encore loin de l’objectif fixé.

La COP22 qui s’est tenue à Marrakech en novembre 2016 s’est conclue par un laïus de vœux pieux et un rendez-vous pour l’année 2017.

Et pourtant, dans son rapport rédigé à la demande du gouvernement du Royaume Uni et publié le 30 octobre 2006, Nicholas Stern, à l’époque vice-président senior de la Banque Mondiale, préconisait d’allouer annuellement 1% du PIB mondial à la lutte contre le changement climatique afin d’éviter un coût de l’ordre de 5 à 20% de ce même PIB si l’on ne fait rien. Las…

De plus il est maintenant admis par une majorité d’experts que la lutte contre le changement climatique peut être une formidable opportunité de développement durable, combinant réduction des impacts et création d’emplois, et « boostant » la croissance.

Alors, s’il n’y a que des avantages, pourquoi est-ce si difficile ?

Il y a de multiples raisons qui peuvent expliquer la relative impuissance de la communauté internationale, parmi lesquelles :

  1. Le réchauffement climatique est un phénomène global, qui ne dépend pas du lieu d’émission de GES, ce qui fait que chacun attend que l’autre fasse le premier pas avant de se mettre à l’ouvrage. C’est ce que les anglophones appellent « NIMBY » pour « Not In My Back Yard » (pas dans mon jardin), ou « You First » (toi d’abord). Un problème environnemental ayant un impact global doit faire l’objet d’un traitement global, et donc d’une législation internationale respectée par tous. Le protocole de Montréal, entré en vigueur le 1er janvier 1989 et destiné à éliminer à terme l’utilisation des substances qui détruisent la couche d’ozone, a reçu en 2009 (20 ans après !) la signature de 196 pays, devenant de ce fait le premier texte à recevoir une ratification universelle.
  2. Le marché (la fameuse « main invisible » d’Adam Smith) n’incite pas, c’est un euphémisme, à la vertu environnementale en général et climatique en particulier. Les coûts de production, et donc les prix de vente, des produits devraient tenir compte de leur impact. Il est illusoire de compter sur la bonne volonté du consommateur tant qu’un produit « marron » sera moins cher qu’un produit « vert ». Au lieu de cela certains secteurs comme le pétrole continuent d’être massivement subventionnés alors que ces subventions auraient dû être allouées au développement des énergies renouvelables. L’économiste Maxime Combes traduit cela en écrivant « L’économie mondiale est une machine à réchauffer la planète », et l’auteur Upton Sinclair l’exprime plus précisément en écrivant « Il est difficile d’obtenir d’un homme qu’il comprenne quelque chose quand son salaire dépend de son incompréhension ». Porte ouverte aux lobbies de tous poils…
  3. La transition énergétique vers les énergies renouvelables est différente des transitions que l’homme a rencontrées dans son histoire, en ce sens qu’elle demande des efforts et est porteuse de contraintes, ce qui n’a pas été le cas dans les transitions de l’énergie humaine vers l’énergie animale, puis vers le charbon et ensuite le pétrole, transitions apportant chacune facilité sans contrainte.

Alors que faire ?

De nombreuses initiatives, que nous explorerons dans un prochain article, sont absolument remarquables et porteuses d’espoir. Mais elles sont le fait d’initiatives locales ou régionales alors qu’il y a une absolue nécessité de mobiliser massivement tous les états de la planète afin d’éviter d’atteindre un point de non-retour au-delà duquel rien ne sera plus maitrisable.

Selon Albert Einstein, « nous ne pouvons pas résoudre les problèmes avec le même état d’esprit qui a présidé à leur création », et pour cela nous pourrions nous inspirer de Léonard De Vinci qui préconisait de « prendre nos leçons dans la nature ».

Depuis l’aube des temps, en effet, l’homme n’a eu de cesse de vouloir domestiquer la nature, alors qu’il aurait dû lui obéir…une grave erreur qu’il est probablement encore temps de corriger.

[1] Chiffres clés du climat – 2015 – Ministère de l’Ecologie